Aux confins de l’Archipel, Hokkaido (北海道), dont les kanjis signifient « chemin de la mer du Nord » en est l’île la plus septentrionale du Japon.
Cette Sibérie nippone se situe en mer d’Okhotsk, aux portes de la Russie.
Sa localisation sur l’anneau de feu du Pacifique annonce déjà son caractère éruptif.
Les parcs nationaux d’Hokkaido, qui comptent certains des plus beaux parcs nationaux du Japon, sont considérés comme la réserve naturelle du pays.
Leurs immenses étendues sont marquées par le caractère sauvage des territoires indomptables.
Dans un silence seulement troublé par le souffle du vent dans les feuilles, le grondement des volcans et l’eau jaillissant des cascades, ce royaume de feu et de glace m’a fait l’effet d’une terre bénie des dieux.
Le cœur volcanique de Daisetsuzan
Au cœur d’Hokkaidō, le parc national Daisetsuzan (大雪山, littéralement « grande montagne enneigée ») est le plus vaste de tous les parcs nationaux du Japon.
Les chaînes de monts volcaniques sont couvertes de forêts primaires et d’une flore alpine, entrecoupés de lacs cristallins et de hauts plateaux de toundra.
Nous sommes au cœur du pays des fleurs près des vallons entre Biei (美瑛) et Furano (富良野), et le voyage commence dans les exploitations florales qui tapissent les vallons de fleurs.
Direction la ferme Tomita (富田ファーム), qui figure parmi les plus célèbres et les plus photogéniques de la région.
Nous sommes au cœur de l’été, en pleine floraison.
Malgré un ciel chargé qui ternit quelque peu les teintes, les lignes de fleurs aux coloris soigneusement assortis épousent les courbes des collines, et dessinent des arcs-en-ciel.
Je foule avec délice les sillons creusés dans les champs de fleurs.
Mais le Daisetsuzan est avant tout un pays de montagnes, dominé par une chaîne de monts volcaniques aux petits airs alpins.
Leur sommet, le mont Asahi dake (旭岳), est aussi le toit d’Hokkaido (2 290 m).
Les montagnes sont séparées par des gorges où s’épanouit la forêt, et les vallées sont parsemées d’onsen et de chalets pleins de charme.
Respectueux des forces la nature, les Aïnous, le peuple indigène d’Hokkaidō, ne s’y sont pas trompés : ils ont surnommé les lieux « Kamui mintara », le terrain de jeu des dieux.
Point de passage obligé, la station thermale de Sōunkyō (層雲峡, « gorge des nuages ») est nichée dans une gorge façonnée par les éruptions volcaniques et par l’érosion.
Plusieurs cascades dévalent les montagnes pour se jeter au fond du canyon.
Là, à l’ombre menaçante des montagnes, je m’enfonce dans une forêt humide, jusqu’aux cascades de Ryusei (流星の滝) et Ginga (銀河の滝).
Au départ de Sōunkyō, un téléphérique mène dans les hauteurs du mont Kurodake (黒岳).
Tandis qu’il s’élève au-dessus des érables, les sommets des volcans jouent à cache-cache avec les nuages.
Là-haut, les chemins de montagne serpentent entre les lacs et les blocs de soufre fumants.
Un sentier mène au mont Asahi.
Sans faire l’ascension jusqu’au sommet, plutôt sportive, les balades dans les forêts d’altitude promettent déjà des panoramas spectaculaires.
Étang Bleu de Biei et lacs volcaniques
Lieu incontournable d’Hokkaido, l’étang Bleu de Biei (美瑛白金青い池, Biei Shirogane Aoiike) est pour moi un véritable coup de cœur.
Cet étang artificiel doit sa renommée à ses eaux turquoise.
Cette couleur est due à l’aluminium charrié par une chute d’eau voisine, et au sulfure qui blanchit le fond du lac.
Dressés au milieu des eaux, des arbres morts achèvent de donner à l’étang Bleu un charme quelque peu surnaturel.
Un peu plus loin, le lac Shikaribetsu (然別湖) est le seul lac naturel du Daisetsuzan.
Il est serti de monts volcaniques recouverts de forêts primaires, vierges de toute occupation humaine.
Je loue un canoë au départ du ponton de Shikaribetsu Kohan.
La petite embarcation glisse sur le lac dans un silence que seules viennent rompre les rames que je plonge dans l’eau du lac.
Akan et la culture Aïnou
Dans l’Est d’Hokkaidō, le mont Meakan (雌阿寒岳, Meakan-dake) domine un paysage de forêts ouvertes sur des lacs de caldeira.
Au cœur du parc se trouve l’immense étendue d’eau du lac Akan.
On y trouve le marimo まりも, une algue verte endémique de forme sphérique, à la texture mousseuse.
Le lac Akan se situe sur les terres ancestrales des Aïnous, le peuple autochtone d’Hokkaidō.
C’est l’occasion de découvrir une culture méconnue.
Originaire de Sibérie, ce peuple aborigène de chasseurs-pêcheurs fut longtemps opprimé, victime de discriminations et de politiques d’acculturation.
Sur les rives du lac Akan, la station d’Akanko Onsen (阿寒湖温泉) est une bonne base d’exploration.
Elle abrite un kotan (コタン), un village traditionnel aïnou, qui est aussi l’une des plus grandes colonies aïnoues.
Composé de quelques rues, le village rassemble des échoppes regorgeant d’objets et autres sculptures en bois de bonne facture.
Les sculpteurs de bois mettent à l’honneur l’amour de la nature et de la faune sur fond de culture ancestrale.
Après un petit tour en pédalo-cygne sur le lac, j’embarque pour une croisière nocturne.
À bord, chaque passager rédige un vœu sur un papier qu’il place dans une boule lumineuse.
Les sphères sont ensuite jetées par-dessus bord.
Le bateau évolue de longues minutes entre ces points de lumière flottant dans les eaux noires.
Je me laisse bercer par ce moment plein de poésie.
La croisière est suivie d’une cérémonie aïnoue sur le quai.
Nous nous mettons ensuite en marche jusqu’au kotan, à la lumière des torches, tandis que les Aïnous entonnent des chants de leurs voix graves.
Cette soirée m’aura fait vivre un rêve grandeur nature, et mis des étoiles plein les yeux.
Bloom des bokke et lac Mashū
Le lendemain, je me rends sur un sentier de découverte qui longe les rives du lac au départ de l’écomusée d’Akan Kohan (阿寒湖畔).
Il mène aux bokke (ボッケ), un fascinant phénomène naturel : des volcans de boue qui se présentent sous la forme de mares de bulles.
Sous la terre, ça gronde.
En surface, les bokke bouillonnent à plus de 100 degrés dans une étonnante ébullition sonore.
Le chemin se poursuit dans une forêt de chênes Mizunara (ミズナラ), d’arbres de Katsura (カツラ) et de pins de Sakhaline (エゾマツ, Ezo matsu), au fil de courbes et de volées d’escaliers en bois.
Ces forêts sont peuplées d’ours bruns et de cerfs sika.
Le lac Mashū (摩周湖, Mashu-ko) est un autre lac de caldeira.
La route dessert plusieurs plateformes d’observation.
Shiretoko et la flamboyante frontière de l’est
Aux confins orientaux d’Hokkaidō, la péninsule de Shiretoko (知床半島, Shiretoko-hantō, “là où finit la terre”) offre des territoires parmi les plus sauvages de l’archipel japonais.
Au pied de montagnes volcaniques dominées par le mont Rausu (羅臼岳, Rausu-dake), les lacs et les forêts sont peuplés d’animaux sauvages, ours bruns en tête.
Les Cinq Lacs (知床五湖, Shiretoko Goko) sont l’un des passages incontournables du parc, là où les forêts s’ouvrent sur des lacs cristallins.
Puis on se met en marche sur des pontons de bois aménagés dans un souci de protection du biotope.
Le sentier passe par chacun des cinq lacs cristallins aux eaux immobiles.
Ils se dévoilent derrière les feuillages tels des trésors cachés.
Quant aux monts volcaniques, ils se reflètent dans les eaux des lacs comme dans des miroirs.
Shiretoko est aussi réputé pour ses innombrables sources chaudes.
À Iwaobetsu Onsen, des rotenburo (bains d’eau thermale en extérieur) sont aménagés en enfilade au cœur de la forêt.
Les feuillages filtrent les rayons du soleil.
Un sentier remonte le cours de la rivière qui alimente en eau chaude les rotenburo, jusqu’à une cascade.
Attention, certains bassins sont si brûlants qu’il est difficile d’y plonger un pied !
À deux pas de là, je pousse la porte du ryokan Chinohate (秘境知床の宿 地の涯), dont le onsen extérieur est une belle surprise.
Je m’y baigne au soleil, entre les sapins et les libellules.
Un peu plus loin sur la péninsule, à l’intérieur des terres, une source chaude jaillit de la montagne aux chutes de Kamuiwakka (カムイワッカ湯の滝).
Signe de la sacralité du site, leur nom signifie « eau des dieux » en langue aïnoue.
L’eau descend de la montagne par un chemin de pierre.
Elle fait escale dans plusieurs bassins naturels, avant de se jeter dans la mer.
Mieux vaut prévoir des chaussures résistantes à l’eau, car il faut mettre les pieds dans l’eau.
La plante du pied est caressée par la douceur de la roche et la tiédeur de l’eau.
La cascade et ses bassins naturels en amont sont les seules eaux d’Hokkaidō à ne jamais geler.
Ce jour-là, la brume enveloppe la forêt, donnant à la scène une atmosphère irréelle, presque fantasmagorique.
Toutes ces sources se jettent en cascades en mer d’Okhotsk (オホーツク海).
Au fond d’une crique rocheuse, les chutes de Furepe (フレペの滝) jaillissent ainsi de falaises escarpées d’où elles dévalent jusqu’à la mer.
Et pour aborder la péninsule côté mer, plusieurs compagnies proposent de longer la côte en bateau, permettant d’observer des falaises battues par les vents parsemées de cascades retentissantes.
C’est le moment de sortir ses jumelles pour observer la faune.
Au pied des montagnes, sur les rives, j’aperçois des cerfs, et même une adorable famille d’ours bruns.
Accès et saisons
Hokkaidō est accessible en avion depuis l’aéroport Haneda de Tōkyō, en 1h35 de vol.
Il est aussi possible de rejoindre l’île en train, par la ligne Hokkaido-Shinkansen.
Via un tunnel sous-marin, la ligne relie Aomori, à l’extrémité Nord de Honshu, à Hakodate, au Sud d’Hokkaido.
Le train fait le trajet de Tokyo à Hokkaido en un peu plus de 4h.
Le parc national de Shiretoko est situé au point le plus à l’est de l’île d’Hokkaido.
C’est l’un des endroits les plus sauvages du Japon, et il n’y aucune route sur plus de 50 km vers la pointe de la péninsule.

Parcs et patrimoines
Le parc national de Shiretoko est inscrit sur la liste du patrimoine mondial naturel de l’UNESCO depuis juillet 2005 et est considéré comme l’un des plus beaux parcs nationaux.
Le parc national Daisetsuzan est le plus vaste du Japon et s’étend sur plus de 225 000 hectares, avec des sommets enneigés fumants et de vieilles forêts d’épicéas et de sapins.
Les Aïnous le surnomment Kamuy Mintara, « le terrain de jeu des dieux » et racontent que les dieux bénissent ces lieux.
Le parc national Akan-Mashū concentre ses caldeiras Akan, Kussharo et Mashū, et présente des paysages où volcan et lac se côtoient.
Le lac Mashū et le lac Kussharo offrent des vues spectaculaires et des eaux parmi les plus pures du monde, avec des observations possibles depuis des observatoires.
Retour d’expérience et tourisme hivernal
En hiver, les parcs nationaux d’Hokkaidō offrent des paysages de neige, des banquises dérivantes et des activités hivernales telles que promenades sur la banquise et ski.
Shikotsu-Tōya propose des stations thermales et la possibilité de pratiquer le stand up paddle et d’autres activités nautiques lorsque la glace n’emprisonne pas les eaux.
Shiretoko et Daisetsuzan restent des destinations d’exception, conjuguant nature sauvage et culture aïnoue, tout au long de l’année.

Récapitulatif des parcs majeurs
- Parc national Rishiri-Rebun-Sarobetsu - topographie côtière, montagnes, f l e u r s alpines et zones humides.
- Parc national Shiretoko - extrémité est, faune abondante, gorges et lacs, volcanisme et glace en hiver.
- Parc national Akan-Mashū - caldeiras et lacs Akan, Kussharo et Mashū, culture Aïnoue.
- Parc national Daisetsuzan - toit de Hokkaidō, grands volcanismes et randonnées toute l’année.
- Parc national Shikotsu-Tōya - volcans, lacs Shikotsu et Tōya, onsen et géoparc.