Catamaran Orange de Bruno Peyron face au duel avec Olivier de Kersauson dans le cadre du Jules-Verne

Nous partirons ensemble de Brest, sauf si l'un de nous deux bénéficie d'une fenêtre météo favorable.

Bruno Peyron a envie d'en découdre avec son vieux rival Olivier de Kersauson.

Les deux skippers français se préparent à partir du port finistérien avant le début mars.

Objectif : battre le record le plus prestigieux de la course au large, le trophée Jules-Verne.

Un tour du monde en équipage et sans escale, actuelle propriété du marin breton avec 71 jours 14 heures et 22 minutes.

C'est à bord de l'ancien bateau de son frère Loïk que le Baulois Bruno Peyron se lance dans l'aventure.

Rebaptité « Orange », l'ancien « Innovation Explorer » est un maxi catamaran de 33,5 mètres de long et 17,5 mètres de large, qui a déjà un tour du monde à son actif.

Il a terminé à la seconde place de « The Race », gagnée l'an dernier par Club Méditerranée en un peu plus de 62 jours.

« Nous avons simplement renforcé quelques parties sensibles comme les poutres centrales », indique Bruno Peyron.

Orange va aussi bénéficier de quelques nouveaux équipements de transmission.

Objectif : diffuser au jour le jour et pratiquement en temps réel la compétition « vue de l'intérieur ».

Si la tentative se double d'un duel en haute mer, le succès médiatique de l'opération est garanti.

« Tout le monde y a intérêt. Cela me rappellera la première édition quand j'étais en compétition avec Peter Blake », ajoute Bruno Peyron.

Deux territoires

Un multicoques de cette taille est capable de dépasser les 30 noeuds en pointe et de tenir des moyennes journalières de 25 noeuds.

Pendant « The Race », Innovation Explorer a parcouru 629 milles sur une tranche de 24 heures (1.150 km), soit une moyenne supérieure à 26 noeuds.

Si les conditions atmosphériques sont au rendez-vous, le record de Kersauson (moyenne 12,66 noeuds) pourrait tomber d'une dizaine de jours.

A bord d'Orange, un équipage de 12 marins choisis pour leurs compétences et leur complémentarité assistent le skipper.

Quand un quart est de service sur le pont (4 équipiers), un autre est au repos mais reste en alerte (en bottes et en ciré), alors que le troisième dort dans les étroites couchettes.

Toutes les 4 heures, une équipe inspectera les points clefs du bateau pour détecter tout risque de rupture.

Il y a deux territoires sur un maxi-multicoques. Sur le pont, l'espace n'est pas compté.

On peut même courir sur l'immense trampoline, voire se prendre pour Neil Armstrong quand il arpentait la surface de la Lune avec sa célèbre démarche élastique.

En bas, dans les coques, c'est l'inverse.

Un minuscule coin-repas baptisé un peu ironiquement « Miam », six couchettes par flotteur et deux cellules techniques à l'arière des flotteurs se partagent un volume très limité.

Côté nourriture, c'est simple : 65 jours de vivres et pas un gramme de plus.

Bien gérer la course signifie bien anticiper les dépressions successives.

Pour cela, Bruno Peyron s'est attaché les services de Gilles Chiorri, un marin atypique qui se déclare lui-même « navigateur consultant ».

En fait, « Gilou » est directeur technique et chef de quart d'Orange. Il sera aussi et surtout le « Monsieur Météo » du bord, en charge d'un poste hautement stratégique : la table à cartes.

Deux ordinateurs portables couplés assurent cette fonction devenue très sophistiquée.

En fait, on peut associer sur le même support les prévisions météo et le positionnement dynamique (GPS).

Un logiciel spécialisé recommande ensuite le meilleur cap à suivre, compte tenu de l'évolution prévisible du temps par tranche de 12 heures (sur quatre jours).

Ce système permet en théorie de faire l'économie d'un routeur à terre.

Outre l'appareillage de transmission habituel (via Inmarsat), l'équipement comprend également un téléphone Iridium planétaire.

En mer, chaque équipier portera une montre bracelet intégrant la fonction de balise de secours qui se déclenche en cas de chute à la mer.

Mini-studio vidéo

La coque gauche comprend un mini-studio vidéo confié à un équiper formé aux techniques de prise d'images.

Tous les jours, des scènes de la vie à bord, filmées par les quatre caméras numériques (trois fixes et une mobile), seront diffusées vers une régie au sol qui filtrera les images fournies aux médias.

Tous ces équipements sont très gourmands en énergie électrique.

Deux moteurs de 100 CV sont là pour recharger les batteries.

Ils tourneront entre quatre et cinq heures par jour.

Les coques en carbone sont aussi d'incroyables caisses de résonance qui amplifient tous les bruits.

« Quand on a une radio sur le pont, on l'entend mieux à l'intérieur qu'à l'extérieur », précise Gilles Chiorri.

Résultat : pour dormir, les boules Quies sont de rigueur.

La sensation de puissance que donne un tel engin est bien sûr extraordinaire.

Avec son mât de 39 mètres, sa bôme de 14,5 mètres, Orange dominait tout le monde dans le vieux port de Marseille.

Dans les petits vents d'une mi-janvier méditerranéenne ensoleillée, les 15 noeuds sont atteints sans même s'en rendre compte.

Dès que le vent se lève, les 25 noeuds arrivent sans effort et la bête commence à rugir.

« Je ne me fais pas de souci pour le rendement de notre bateau, dont le potentiel est énorme. Il faudra bien gérer la course et les risques d'avaries », précise Bruno Peyron.

Toutes les voiles sont neuves. Sauf la grand voile de 350 m2, dont le prix (121.959 euros) donne une idée du budget d'entretien d'un tel engin.

Qui profitera le mieux de cette débauche de technologies ?

Le catamaran « Orange » de Bruno Peyron viendra-t-il à bout du trimaran « Géronimo » d'Olivier de Kersauson ?

Les deux hommes se connaissent bien.

Depuis plus de vingt ans, ils écument les océans avec des machines de plus en plus rapides.

Chacun a sa méthode.

Une gestion de fer pour Kersauson et plus de souplesse pour Bruno Peyron.

« Je ne veux pas des marins mercenaires mais des équipiers qui partagent les mêmes valeurs et un même projet. ».

Le monde de la voile attend le choc entre ces deux fortes personnalités.

Les architectes attendent le verdict du trophée Jules-Verne pour d'autres raisons.

Le bateau vainqueur servira probablement de référence pour la prochaine édition de « The Race », prévue pour 2004.

Mais quel que soit le final, on est sûr de boire le champagne à Vannes.

Dans le chantier Multiplast qui a donné naissance aux deux géants.

Catamaran Orange et ses dimensions techniques

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