Marie et la Consolatrice des Affligés : pèlerinages, compassion et rédemption

Quelles que soient les difficultés auxquelles nous sommes confrontés, Marie les a connues avant nous. Elle a perdu ses parents, Joachim et Anne, alors qu’elle était toute jeune. Elle a vécu dans la pauvreté pendant toute sa vie. Sur le point d’enfanter, elle a été rejetée par tous les habitants de Bethléem y compris de sa parenté et en a été réduite à se réfugier dans une étable. Sur l’ordre du Ciel, elle a fui en Egypte où elle a vécu dans l’exil et le mépris de l’étranger. Elle sera veuve et devra vivre auprès d’une parenté qui n’a que peu de compréhension pour la mission de Jésus. Et pour couronner le tout, elle assistera à la mort ignominieuse de son Fils unique. Marie a tout connu et peut donc tout comprendre. Personne mieux qu’elle peut nous apprendre à surmonter toutes les difficultés de la vie.

Marie, consolatrice des affligés, a souci de tous ses enfants qui se trouvent dans la peine et l’affliction. Et, si elle nous console par tout ce qu’elle a vécu et surtout par la façon dont elle a traversé les épreuves, il n’en reste pas moins qu’elle vient très concrètement au secours des affligés. Ainsi, elle est elle-même à l’origine de l’institution d’un ordre destiné à racheter les chrétiens captifs des musulmans. En effet, le jour de la fête de saint Pierre-aux-liens, la nuit du 1er au 2 août 1218, elle apparait à saint Pierre Nolasque, et lui dit : « C’est le bon plaisir de Dieu, que vous veilliez à l’établissement d’une congrégation qui sera employée à la délivrance des captifs sous le titre de Notre Dame de la Merci. Je suis la Mère de Dieu, qui ai porté le Rédempteur du monde ; je veux avoir entre les chrétiens une nouvelle famille qui fasse en quelque façon le même office pour l’amour de mon Fils, en faveur de leurs frères captifs ».

Toute personne affligée, trouve en Marie sa joie et sa consolation et il n’est aucune peine que Marie ne soulage pendant la vie et même après la mort. C’est vers elle que les âmes souffrantes du purgatoire élèvent leurs mains suppliantes et c’est d’elle qu’elles attendent et reçoivent leurs secours. « Oh, comme Marie est bonne, s’écrie saint Vincent Ferrier, pour ces âmes captives qui gémissent dans le purgatoire ! Par son entremise, elles sont à chaque instant soulagées et secourues. »

A sainte Brigitte, Marie dit : « Je suis la mère de tous ceux qui sont au purgatoire, et toutes les peines qui sont infligées aux morts, pour l’expiation de leurs fautes, sont allégées par mes prières. Seigneur, ayez pitié de nous. Jésus-Christ, ayez pitié de nous. Seigneur, ayez pitié de nous. Jésus-Christ écoutez-nous. Jésus-Christ exaucez-nous. Répandez, Seigneur, votre grâce dans nos âmes afin qu’ayant connu par la voix de l’ange, l’Incarnation de Jésus-Christ votre Fils, nous parvenions, par sa Passion et par sa Croix, jusqu’à la gloire de la Résurrection. Nous vous le demandons par Jésus-Christ Notre-Seigneur qui vit et règne avec vous dans l’unité du Saint-Esprit maintenant et pour les siècles des siècles. Que par la miséricorde de Dieu, les âmes des fidèles défunts reposent en paix.»

Consoler autrui est toujours difficile quand l’homme est accablé de tristesse, d’épreuves, de souffrances en tout genre. Il n’aime guère que des gens en bonne santé et pleins de force essayent de calmer sa douleur ou de consoler sa détresse morale. Nos visites aux malades, nos condoléances à des êtres à qui la mort a ravi un être cher, portent souvent la marque de cette sagesse raisonnable qui au lieu de compatir réellement, essaient d’estomper la douleur ou la mort. Même les prêtres disent des belles paroles qui sont loin de réconforter et d’apaiser des êtres dont ils ignorent la profondeur de leur souffrance. Et quand le mal demeure et continue à ravager l’âme qui n’arrive pas à trouver la paix, il l’a conduit à la détresse ou au désespoir et pour finir au suicide.

Un monde sans Dieu devient un univers de solitude, de tristesse où l’homme ne trouve plus dans l’homme un visage divin capable de le comprendre, de le consoler et de le ressusciter à l’amour de la vie en Jésus Christ. Il est rare celui qui sait dire comme Victor Hugo : « Je ne veux pas savoir qui tu es, d’où tu viens, ce que tu fais. Je vois seulement que tu souffres alors tu m’appartiens. » Si l’homme est souvent maladroit pour consoler un enfant, pour comprendre sa peine, sa souffrance, la mère sait consoler un enfant. Elle le prend sur ses genoux, le berce doucement sur son cœur et sans chercher à le raisonner, elle lui communique sa tendresse et son amour maternel pour lui faire oublier sa peine et sa douleur. L’être habité par l’amour du Christ est capable de soulager l’homme qui souffre parce qu’il sait que le Christ est tout en tous et il va prendre le temps de panser les plaies de l’homme blessé par la vie dans laquelle il voit le Christ souffrant.

Il se souvient de la parole du Christ : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. » Comme Marie est le refuge des pécheurs, elle est aussi la consolatrice des affligés. Comme l’enfant se jette dans les bras de sa mère quand il pleure, souffre ou s’est blessé. L’homme aussi blessé par la vie et la cruauté humaine, humilié par les évènements et les hommes, vient aux pieds de Marie pour lui raconter ses misères et lui faire part de ses peurs et ses angoisses. Et Marie, sans un mot, sans un geste, verse dans nos âmes le baume de sa consolation plus puissante que tous les narcotiques humains.

D’autres cherchent à s’étourdir dans les plaisirs de la vie, les voyages, l’exotisme pour oublier leurs souffrances et leurs maux qui sans cesse reviennent. En effet, le cœur humain reste inquiet, divisé, malheureux tant qu’il ne repose pas en Dieu. Mais une fois rempli de l’amour divin, il retrouve, toutes ses affections terrestres apaisées, purifiées. Il peut aimer les hommes et les choses sans que cet amour soit cause de souffrance. Qui aime vraiment Dieu et Marie, tout, même l’épreuve, même la violence et la haine deviennent source de paix et de consolation.

Marie, au lieu de changer les choses qui irritent l’homme, de demander à Dieu qu’il bouleverse pour lui les lois de l’univers ou de l’histoire, lui apprend doucement à changer son cœur, à renoncer à l’égoïsme, ce moi exigeant qui fait tant souffrir autrui, tout en le faisant souffrir. Marie sait me consoler parce qu’elle apprend à l’homme ce qu’est la vraie souffrance et le vrai sens de la douleur, et en lui révélant le souverain remède à toutes ses misères. Aux trois questions divines, le Père lui demande : « Voulez-vous être la Mère de mon Verbe ? » Le fils : « Voulez-vous être ma Mère ? » et le Saint Esprit : « Voulez-vous que j’opère en vous le grand miracle de l’amour ? »

Et Marie élevée par la grâce à une hauteur infinie d’amour et d’humilité, répond à l’ange : « Qu’il me soit fait selon votre parole. » Marie peut comprendre la souffrance humaine et toute misère humaine, parce qu’elle fut la mère de Jésus, couronné d’épines, de l’Homme-Dieu flagellé et enfin crucifié sur la Croix pour le salut de tout homme. En nous offrant Jésus à la Croix, elle vient consoler notre affliction. Marie veut nous faire comprendre que le Ciel ne s’ouvre qu’à ceux qui acceptent de mourir avec lui sur sa croix. Le Ciel ne s’ouvre qu’à ceux qui sont des fils de Dieu crucifiés de son cœur et de plein gré. Marie en nous révélant le prix des souffrances, nous apprend à les estimer au lieu de les maudire. Sa lumière chasse le désespoir du cœur humain car pour lui, dans la loi de la souffrance, il n’y a plus de mystère ; l’homme sait que plus il souffre, plus il opère son propre salut et plus il est capable de sauver ses frères.

Marie est la consolatrice des affligés parce qu’elle inspire à l’homme l’amour de cette douleur en la lui révélant personnifiée dans Celui qui est en même temps son bien et son salut, et aussi l’objet d’un amour sans égal et illimité. Marie est la consolatrice des affligés parce qu’elle est la Mère de l’Agneau divin qui efface les péchés par son sang, et comme elle a enfanté de sa chair cette grande victime de l’amour, Dieu avait mis d’abord en elle tous les sentiments de dévouement surhumain qui devaient animer le cœur de son divin Fils qu’elle devait faire à son image. Et comme elle s’unissait aux douleurs de son Fils sur la Croix, elle voulait nous enfanter tous à la vie de son premier né. Après avoir tant souffert, Marie et Jésus nous montrent tous les deux la porte de la vie éternelle.

Marie qui a épousé la souffrance de son Fils vient consoler la nôtre pour nous apprendre que venir consoler la douleur d’autrui, ce n’est plus la douleur qu’on console, mais l’amour, c’est la vie, le bonheur, qu’on redonne à l’homme meurtri par le mal, c’est le grand secret de l’éternité et Jésus nous le dit dans l’évangile : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Marie est consolatrice des affligés parce qu’elle est une Mère toujours penchée et attentive sur la misère de ses enfants et elle est la plus sublime et la plus tendre des mères pour les aimer et les consoler efficacement. Le cœur de mère de Marie n’est qu’une goutte de cet océan de dévouement paternel qui est le cœur du Père éternel. Comme Marie s’est occupée de Jésus avec tant de douceur, de tendresse et d’amour, elle continue pour chacun de nous qui la prie avec amour et dévotion. N’est-elle pas la mère de tous les hommes, et elle va au-devant de nos souffrances et à chacune de nos prières, elle agit pour adoucir le mal, calmer la peine et redonner à notre âme malade et parfois désespérée, l’espérance et la foi pour accomplir la volonté de son Fils et connaître la vraie paix du cœur et la joie de l’esprit. Marie comprend chacun de ses enfants en souffrance et souvent seul et abandonné des hommes. Elle se fait tout à tous car son but est de sauver chaque homme pour le conduire avec sa patience, sa douceur, sa bonté sur le chemin du salut. Quand l’homme se trouve dans un état de tristesse et de découragement, qu’il pense à Marie et elle sera là pour le relever. Marie sera toujours là pour l’homme qui humblement se tourne vers elle. Prions Marie qui défait les nœuds de venir nous consoler dans les peines de notre vie et les afflictions que nous éprouvons chaque jour, avec la certitude que si Marie nous prend par la main, ce sera toujours pour nous accompagner sur le chemin de son Fils, notre Vérité et notre Amour qui nous conduit à son Royaume.

  1. À Paris, rue du Bac (VIIe), la chapelle de la Médaille-Miraculeuse rassemble 2,5 millions de visiteurs chaque année pour célébrer la Vierge, qui serait apparue ici en 1830. Elle aurait demandé à une jeune novice, Catherine Labouré, de faire frapper une médaille protectrice à son effigie. Après une épidémie de choléra et quelques guérisons inespérées, la médaille serra qualifiée de « miraculeuse ».
  2. A Paris, entre l’île de la Cité et l’île Saint-Louis, une procession fluviale est organisée depuis 1984 pour l’Assomption.
  3. A Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), chaque septembre se tient le pèlerinage de Notre-Dame-des-Ange, qui attire près de 2000 personnes. La chapelle entourée de trois croix rappelle le miracle de 1212 : trois commerçants s’étaient fait attaquer par des brigands en forêt de Bondy qui les avaient laissés nus, attachés à des arbres. Après trois jours de prières, des anges étaient venus les délivrer.
  4. A Longpont-sur-Orge (Essonne), chaque 15 août le pèlerinage marial se tient dans la basilique, avec un millier de fidèles. L’édifice a été construit à un endroit où des druides gaulois auraient trouvé une statue de la Vierge à l’enfant dans un arbre. La basilique possède le plus grand reliquaire de France, avec notamment un fragment de cheveux et le voile de la Vierge.
  5. A Jeufosse (Yvelines), les fidèles se retrouvent en août pour le pèlerinage de Notre-Dame-de-la-Mer.
  6. A Blaru (Yvelines), un pèlerinage a lieu en juillet en mémoire de l’ordination du père Marie-Joseph Guillou au prieuré de Béthanie. C’est une tradition. Chaque année, des fidèles de différents doyennés de la province de Luxembourg passent la frontière pour prier Notre-Dame Consolatrice des Affligés. Sa statue se trouve, à Luxembourg, dans la cathédrale.
  7. Un pèlerinage très ancien puisqu’il remonte au 17e siècle quand la peste faisait alors des ravages au duché de Luxembourg. Tous adressaient de ferventes prières à la Vierge pour obtenir la guérison d’un enfant, d’un mari, d’une épouse malade. Notre-Dame Consolatrice des Affligés se trouve, aujourd’hui, dans la cathédrale de Luxembourg qui est encore ainsi un sanctuaire marial.

Pour les diocésains, une fois sur place, la journée a débuté par l’eucharistie. Le cardinal Jean-Claude Hollerich, archevêque de Luxembourg a salué les pèlerins belges présents. Il en a encore profité pour rappeler les liens qui unissent la province de Luxembourg et le Grand-Duché de Luxembourg. A l’issue de la célébration, beaucoup des pèlerins d’un jour ont accepté la proposition des guides présents sur place : une invitation à visiter les lieux. Un édifice du 17e siècle riche de nombreuses et spectaculaires verrières. Durant cette promenade découverte, une attention particulière a été accordée à l’autel de la Vierge. Durant l’octave qui se déroule entre le 3e et le 5e dimanche après Pâques, des milliers de pèlerins se rendent dans la cathédrale pour prier la Vierge. L’occasion aussi pour eux d’admirer une partie de l’imposante garde-robes de Notre-Dame Consolatrice des Affligés. Elle possède ainsi une soixantaine de tenues.

Née d’un pèlerinage en 1624, la vénération de Marie sous le titre de Consolatrice des Affligés incarne un appel à la foi et à l’espérance au cœur des épreuves, invitant les croyants à cheminer avec elle vers la plénitude de la gloire pascale. L’initiative du père Brocquart et de ses étudiants était à l’époque une pratique courante, car depuis le Bas Moyen Âge les pèlerinages d’une journée occupaient une place de plus en plus importante dans le cadre de la piété populaire. À partir de 1625, des pèlerins isolés ou des groupes d’étudiants se rendaient auprès de l’image de la Consolatrice des Affligés installée dans une chapelle érigée à cet effet sur le glacis au-delà des fortifications et consacrée en 1628. En effet, en 1639 ce fut la première fois que, pour faire face à l’afflux des pèlerins, on amena la statue de la Consolatrice pour une durée de huit jours à l’église des Jésuites à l’intérieur de la forteresse.

Les facettes multiples de ce contact avec l’image miraculeuse constituent le noyau du pèlerinage. Contrairement à l’Antiquité et au Moyen Âge, pendant les Temps modernes la rencontre avec l’image est essentielle au pèlerinage puisqu’elle en est le but. À l’occasion du premier centenaire de l’élection de la Consolatrice des Affligés comme patronne de la cité, le père jésuite Théodore Helm, recteur de la chapelle du Glacis, commanda un autel rococo destiné à recevoir l’image miraculeuse pendant les célébrations de l’Octave. En 1922 l’évêque Pierre Nomesch étendit la période du pèlerinage annuel sur une quinzaine pour permettre à tous les doyennés, les paroisses et les écoles d’organiser leur propre pèlerinage à l’image de la Consolatrice des Affligés.

Au Concile Vatican II, l’Église s’est définie comme « le peuple de Dieu en marche ». Ce sentier est éclairé par Marie, véritable figure d’espérance dont la destinée a déjà connu son accomplissement. Ainsi le pèlerinage de la Consolatrice des Affligés reste un chemin plein de promesses.

carte des pèlerinages mariaux en Europe

Sainte Marie Consolatrice des Affligés (Consolatrix Afflictorum) 29.3.2023. P. Emile-Martin DIBONGUE

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