Sur les berges septentrionales du Lake Disney, d’immenses gratte-ciels new-yorkais imposent leur verticalité parmi d’autres structures plus basses à l’architecture tout aussi post-moderne. À l’instar du Disney Newport Bay Club situé en face, évocateur des hôtels de plaisance de la Nouvelle-Angleterre à la fin du XIXe siècle, ou du Disney Sequoia Lodge, à sa gauche, et de son inspiration de refuge de parcs nationaux du Montana, une nouvelle ère de l'épopée américaine se lit sur les lignes droites pointant vers le ciel de cet établissement purement contemporain : le Disney’s Hotel New York, devenu ensuite Disney’s Hotel New York - The Art of Marvel et enfin Disney Hotel New York - The Art of Marvel célèbre le bouillonnement urbain de la Grosse Pomme, mégapole américaine de référence par excellence.
D’abord expression architecturale du concept de la ville américaine balbutiante de la côte Est, l’établissement se meut en l’un des lieux emblématiques de Manhattan, une galerie d’art contemporain, comme de nombreuses y existent à New York, dédiée au monde des comics de la maison d’édition Marvel. Chef d’œuvre sorti de l’esprit de l’architecte Michael Graves, son histoire est aussi passionnante que la ville à laquelle il rend hommage. Derrière ce bout de New York importé directement - ou presque ! - des États-Unis se cache son architecte qui, lui aussi, est originaire du pays de l’Oncle Sam.
Né à Indianapolis en 1934, Michael Graves, s’essaie très tôt au dessin en réalisant des croquis de personnages de dessins animés en deux dimensions. Plus tard, il décroche ses diplômes, d’abord à la School of Architecture de l’Université de Cincinnati puis à la Harvard Graduate School of Design. Après un séjour prolongé à Rome où il dévore la Cité Éternelle de son pinceau, il s’installe à l’University’s School of Architecture à Princeton où il enseigne pendant plus de trois décennies. Durant sa longue carrière, il excelle dans son art par le biais de créations résolument postmodernes américaines (bibliothèque municipale de San Juan Capistrano en Californie, 1981-1983, Humana Building à Louisville dans le Kentucky, 1982-1985, Crown American Office Building de Johnstown en Pennsylvanie, 1985-1989), s’affichant comme l’un des architectes phares de ce courant artistique. L’historien en architecture Vincent Scully décrit le travail de Graves comme de l’allusion et de l’illusion.
Il déroge à son style subtil lors de son premier travail pour The Walt Disney Company avec l’ouverture des hôtels Walt Disney World Swan et Walt Disney World Dolphin dans le Resort floridien en 1989, avec leurs larges sculptures de dauphins et cygnes (respectivement hauts de 17 et 14 mètres) visibles de loin et célébrant la biodiversité faunique de la région. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin pour la firme aux grandes oreilles, il conçoit en 1990 le bâtiment du siège de The Walt Disney Company à Burbank, nommé Team Disney Building puis Team Disney - The Michael D. Eisner Building, et ses désormais célèbres statues des Sept Nains soutenant le toit de l’édifice. Le projet du Disney’s Hotel New York à Euro Disney Resort lui est alors ensuite confié pour une ouverture en 1992.
L’Europe n’est d'ailleurs pas le seul continent auquel il s’attaque, ses œuvres traversant plusieurs océans à l’instar du Hyatt Regency Fukuoka Hotel & Office Building en 1994 ou encore le Yokohama Portside Building en 1998, tous les deux situés au Japon. Considéré comme l’un des architectes les plus créatifs et influents de sa génération, Michael Graves, paralysé à la suite d’une infection en 2003, devient un porte-voix pour les personnes à mobilité réduite. Le 12 mars 2015, il tire sa révérence après plus de cinquante années de carrière, une myriade de projets et un cabinet d’architectes de renommée mondiale, Michael Graves & Associates.
Lorsque Graves est approché pour concevoir un des Hôtels du nouveau Resort Disney européen, trois éléments sont mis en exergue : le thème imposé américain, la taille du site et l’intégration d’un centre de congrès. L’Hôtel, comme ses confrères dispersés çà et là sur le Resort, doit en effet être inspiré d’une facette de l’Amérique. Pour choisir alors son thème, l’architecte se voit attribuer la plus petite parcelle de tous les sites destinés au parc hôtelier. Or, il faut tout de même atteindre le nombre fatidique de plus de 500 chambres… Pas question alors de s’étaler, il faut s’élever ! Enfin, l’Hôtel doit aussi contenir un espace pouvant accueillir tous types d'évènements culturels et professionnels, un centre de convention en somme, le premier sur le Resort. Le thème naît de ces critères et contraintes : un établissement évoquant l’Amérique, dont l’espace restreint pousse à bâtir vers le ciel, accueillant clients et public pour des rencontres évènementielles, ne peut être que sur le thème de la ville aux grattes-ciels, centre névralgique de l’économie mondiale, New York !
Après l’étonnante extravagance exprimée sur les Hôtels Disney en Floride, son travail sur le Disney’s Hotel New York (puis Disney Hotel New York - The Art of Marvel) à Paris fait revenir l’architecte dans son ton habituel, plus sérieux, des allusions plus subtiles et une palette de couleurs qui lui est chère. Ainsi, Graves, intéressé par une architecture axée sur le contexte et le souffle, s’inspire des structures iconiques de la ville tout en se rappelant des contraintes du projet : « D’un point de vue esthétique, le problème était qu’étant donné le thème, il me fallait utiliser des gratte-ciel. Or la taille du bâtiment était limitée. Il a donc fallu les styliser. »
Pour mettre davantage en valeur son œuvre postmoderne à l’inspiration théâtrale et volontairement cinématographique, il fait le choix de figer l’intérieur de l’Hôtel dans la période florissante et exubérante des Années Folles (ou « Roaring Twenties » en anglais américain), s’abandonnant au style Art Déco, du sol au plafond. L’Hôtel quatre étoiles se décompose ainsi en trois parties principais : son centre Midtown et ses deux ailes latérales, Gramercy Park à l’ouest et Brownstone à l’est. En arrivant par les rails via la gare de RER-TGV de Marne-la-Vallée - Chessy puis par la navette dédiée à l’établissement ou par véhicule motorisé personnel, les visiteurs passent sous la porte-cochère de l’établissement, où un taxi jaune de la compagnie Handforth Cab. Co. immatriculé dans l’État de New York, « The Empire State », garé sur les pavés, attend ses prochains passagers pour 25 cents le premier cinquième de mile (puis 5 cents par cinquième de mile supplémentaire et 5 cents par 90 secondes d’attente).
En levant les yeux, les imposants gratte-ciels de neuf étages, ode aux géants d’acier de l’île de Manhattan, semblent s’étirer vers les cieux. Les chambres situées sur la façade opposée offrent par ailleurs une vue imprenable sur Lake Disney et Rockefeller Plaza, ses fontaines et son étendue d’eau centrale, Rockefeller Rink, qui n’est pas sans rappeler The Rink du Rockefeller Center, les deux se transformant en patinoire une fois l’hiver venu.
Dans le miroir d’eau, à travers les réflexions des immeubles new-yorkais se dessinent au fond du bassin la carte de l’île de Manhattan et de ses fameux buildings dont les Twin Towers dans le quartier d’affaire de Wall Street et la Statue de la Liberté accueillant les nouveaux arrivés en terre d’Amérique. Une fois passé la porte à tambour, le hall principal s’offre aux yeux des visiteurs avec ses néons bleus clinquants évocateurs de Times Square et sa belle hauteur sous-plafond. Si l’extérieur se veut volontairement postmoderne, l’intérieur est une véritable plongée dans les années folles de New York, entre début de l’âge d’or du 7e art et avènement du jazz dans une vibrante ambiance Art déco.
Savant mélange inspiré du hall d’entrée de Grand Central Terminal et d’autres immeubles iconiques de Manhattan, le hall principal de l’hôtel arbore en son centre au sol une énorme pomme figée dans le marbre, clin d’œil au surnom de New York, Big Apple, tandis qu’une large horloge fixée au mur présente la silhouette de l’Empire State Building sur son cadran. Au fond du hall, trois larges fenêtres triangulaires ouvrent la pièce vers l’extérieur, apportant lumière et invitant à découvrir les espaces verts environnants. Sur la gauche, le magasin Stock Exchange (renommé New York Boutique en 1995) présente sur ses étagères des souvenirs de la destination et des articles pour parfaire le séjour dans l’établissement hôtelier. Sur la droite, les visiteurs peuvent s’enregistrer à la réception et sa tapisserie d’énormes pommes rouges afin de se diriger vers leur chambre puis se désaltérer au New York City Bar offrant cocktails et autres boissons rafraîchissantes.
En tournant sur la gauche, vers l’aile est, un large couloir donne sur un vestibule circulaire flanqué au sol du gigantesque logo des Yankees de New York avec sa balle de baseball aux lignes rouges et sa batte portant en son extrémité le haut-de-forme de l’Oncle Sam. Cette aile nommée Brownstone s’inspire des édifices du même nom, abondants dans certains quartiers de New York comme Brooklyn et Harlem, typiquement construites de grès rouge et possédant généralement un escalier pour accéder à la porte d’entrée au premier étage. Les façades rouges stylisées de l’aile font écho à ces quartiers new-yorkais datant pour les plus anciens du XIXe siècle. Cette partie de l’hôtel abrite deux établissements de restauration aux différentes évocations. De forme allongée évoquant les diners américains des années 50, le Parkside Diner a tout du restaurant familial à l’ambiance décontractée pour savourer un copieux buffet à volonté aux inspirations américaines et internationales au milieu de larges peintures murales de mets salés et sucrés donnant l’eau à la bouche.
Pour un dîner plus huppé et jazzy, il suffit de se rendre à l’extrémité de l’aile, dans une tour circulaire, où le Rainbow Room propose avec son service à table de vivre une expérience de dinner-dance typique des années 30 comme au Cotton Club dans le Harlem District de New York, au rythme des classiques du genre joués par le Manhattan Jazz Club, tout en y dégustant des huîtres Rockefeller ou en buvant un verre au bar du Rainbow Lounge. Son nom, rappelant celui de l’un des clubs privés les plus cotés de la ville et situé au Rockefeller Center, est changé en Manhattan Restaurant en 1995 et se tourne vers une cuisine italienne mais tout en gardant son atmosphère chic et raffinée.
Derrière l’aile est se cache le New York Coliseum Center, un centre de congrès d’une superficie de deux-mille mètres carrés, équipé de Union Square, une immense salle capable d’être divisée en douze pièces distinctes pour une capacité totale de mille-cinq cents personnes et Castle Club, un salon d’un espace moindre segmentable en trois pièces, d’une capacité de cinq cents personnes.
En revenant dans le hall principal, faisant face au Rockefeller Plaza, il est possible d’emprunter le couloir de droite menant vers l’aile ouest du bâtiment. Au bout du spacieux corridor, un même vestibule comme retrouvé dans l’aile est, mais celui-ci affiche au sol un autre logo, celui de l’équipe de baseball des Mets de New York, caractérisé par la représentation de la silhouette de la Grosse Pomme et du Queensboro Bridge, le tout colorisé en bleu et orange, couleurs symboles de la métropole américaine. Sur la gauche, l’espace Roger Rabbit Corner a été aménagé pour les plus petits dans un ensemble de décors en deux et trois dimensions tout droit sorti de Qui Veut la Peau de Roger Rabbit. La visite se poursuit dans l’aile Gramercy Park, où les résidents peuvent apprécier un côté plus verdoyant, loin de la jungle urbaine de New York. Disposée en U avec un espace vert en son milieu où trône ironiquement une topiaire en forme de grosse pomme, son nom et son ambiance plus paisible proviennent directement du quartier de Gramercy sur l’île de Manhattan connu pour sa tranquillité et sa sécurité.
Plus petite en hauteur, l’aile est dédiée aux activités physiques avec ses deux courts de tennis extérieurs éclairés en surface green set mais aussi de bien-être avec sa piscine et son centre de bien-être du Downtown Athletic Club ainsi que son salon de coiffure Lucie Saint-Clair, devenu Camille Albane en 2011. Pour les plus joueurs, la Times Square Game Room, une salle aux bornes d’arcade et de jeux vidéo de tous horizons, offre une belle sélection d’activités ludiques.
Ouvert en grande pompe le 10 avril 1992 à 21h30 lors de l’Inauguration du Disney’s Hotel New York en présence sur scène des groupes de soul américains The Temptations et The Four Stops, l’établissement est désigné dès le départ comme un hôtel de grand standing offrant un service haut de gamme dans la totalité des 565 chambres et 27 suites. Alors que les chambres sont proposées en Chambre Standard, Chambre Plaza et Chambre Empire State Club, les suites se déclinent elles en Honeymoon Suite, Resort Suite, Hospitality Suite, Empire State Suite puis Vanderbilt Suite ou Suite Vice-Présidentielle et enfin Roosevelt Suite ou Suite Présidentielle.
De tailles variables et plus ou moins équipées selon le type d’hébergement choisi, les chambres, conçues par Graves, baignent dans un style Art déco aux couleurs chaudes avec des touches plus ou moins subtiles rappelant la ville qui ne dort jamais à l’instar d’un pied de lampe en forme d’Empire State Building, le motif répété d’une pomme rouge sur les têtes de lit et autres ameublements ou encore des tableaux en noir et blanc montrant la jungle urbaine new-yorkaise. Par ailleurs, comme pour beaucoup de ses projets, l’architecte Michael Graves a conçu l’aspect extérieur de l’hôtel mais aussi l’intérieur, des rideaux à la moquette, en passant par le mobilier, les décorations ou encore le papier peint.
Voulant garantir une qualité de service à la hauteur de sa réputation, le Disney’s Hotel New York (puis Disney Hotel New York - The Art of Marvel) n’a de cesse de revoir sa copie en matière d’activités et d’offres. De nombreux spectacles sont proposés chaque année, comme Mickey’s Parad’Ice de 1993 à 1998, Dingo et Miss New York de 1994 à 1997 ou encore des dîners-spectacles exclusifs comme le Disney’s Character Christmas et Times Square Diner Buffet Party dès 2002. À l’extérieur, le plan d’eau du Rockefeller Rink se transforme selon les saisons et les années, tantôt Patinoire l’hiver (jusqu’en 2010), tantôt bassin d’agrément l’été, il devient un espace de circulation pour accueillir des quads dès 2008 puis l’activité Taxi Quad dès 2014 où les plus jeunes, derrière le volant de véhicules jaunes, peuvent s’imaginer chauffeurs de taxis de la mégalopole à l’ombre des grattes-ciel. Pour compléter l’ambiance Années Folles du Disney’s Hotel New York, les visiteurs sont plongés dans une atmosphère musicale chaleureuse composée des plus grands standards de jazz de l’époque.
