La défenseure de l'environnement Katia Lopes a bon espoir que la tragédie récente, avec plus de 100 dauphins morts sur une plage du Cap-Vert, puisse contribuer à la conservation et à la compréhension d’un phénomène souvent inexpliqué. Des images spectaculaires filmées par BIOS.CV et diffusées sur les réseaux sociaux montrent des dizaines de dauphins échoués le long d’une plage de Boa Vista et des tentatives répétées de remise à l’eau rester vaines. Ces dauphins dits d'Électre ou péponocéphales, communs au large, ont apparemment expiré dans la nuit sur la rive orientale de Boa Vista, une des îles constituant l’État insulaire au large de l’Afrique de l’Ouest. En fin de journée, 136 dépouilles ont été dénombrées, ce qui laisse supposer que des animaux restants ont pu reprendre la mer pour mourir ailleurs.
Le Cap-Vert est, comme d'autres régions du monde, coutumier des échouements de mammifères marins, dont les causes peuvent être multiples, explicables ou non, d'origine humaine ou non. Autant que ça, c'est plus rare, mais c'est arrivé par le passé, comme en 2007, quand nous en avions eu plus de 200 de cette même espèce. Quant aux raisons de ce naufrage massif, cela peut être dû à tellement de choses; beaucoup de spéculations portent sur des activités de sonar ou d’éventuels exercices militaires au large, tout en précisant que ce sont des conjectures et que le chef du groupe peut aussi avoir été malade et entraîner les autres dans sa perte. Des prélèvements ont été effectués sur 50 dauphins et quatre carcasses ont été congelées, dans le cadre d'une analyse visant à mieux comprendre les causes et facteurs contributifs.
Pour les chercheurs, la cause la plus probable réside dans l’environnement et la topographie de l’archipel. Selon eux, entre les îles où les échouages sont les plus fréquents, il existe un plateau où les fonds passent de plusieurs milliers de mètres de profondeur à seulement une cinquantaine de mètres, ce qui peut perturber les déplacements et causer des erreurs de navigation chez ces espèces océaniques. L’impressionnante dynamique de ces groupes, notamment chez les péponocéphales, serait liée à leur extrême sociabilité et à leur tendance à se déplacer en masses importantes. Ces cétacés sont des mammifères marins dont l’ancêtre commun, l’archéocète, a réintégré les océans il y a environ 50 millions d’années; les cétacés se divisent en mysticètes (baleines à fanons) et odontocètes (à dents), chacun présentant des caractéristiques écologiques et comportementales distinctes.
Les mysticètes comme la baleine bleue, le rorqual et la baleine à bosse se nourrissent en filtrant l’eau au moyen de leurs fanons, alors que les odontocètes tels que le cachalot, l’orque et les dauphins utilisent leurs dents pour capturer leurs proies et peuvent développer des techniques de chasse collectives et sophistiquées. Au Cap-Vert, la biodiversité marine est riche et variée: des raies, des murènes et des marlins côtoient les poissons tropicaux et les espèces atlantiques, offrant un décor idéal pour la plongée et les randonnées palmées. Les eaux entourant Boa Vista et Sal constituent des zones de reproduction et d’observation pour les baleines à bosse, qui viennent accoucher et se nourrir autour de ces îles, et le Cap-Vert est un site important de ponte pour plusieurs tortues marines, notamment Caretta caretta.
La protection des habitats est cruciale: les réserves et aires protégées des îlots de Baluarte, Curral Velho et dos Pássaros, au nord de Boa Vista, ainsi que les zones de Santa Luzia et Branco/Raso, se distinguent par leur isolement et l’absence d’activités humaines importantes. Les tortues marines y pondent leurs œufs, et les associations locales luttent contre les perturbations humaines comme la chasse, la pollution et les nuisances lumineuses ou sonores sur les plages, afin de préserver ces sites de nidification pour les générations futures. Par ailleurs, les activités touristiques liées à l’observation des baleines, des dauphins et d’autres cétacés doivent s’inscrire dans une démarche durable et respectueuse des écosystèmes marins et littoraux.
Des initiatives scientifiques et de conservation, souvent associant des ONG locales et internationales, visent à mieux comprendre les causes des échouages et à prévenir les mortalités humaines. Des campagnes de prélèvements et d’analyses biologiques, la surveillance des zones marines et la promotion de sanctuaires et d’aires marines protégées (AMP) font partie des outils mobilisés pour réduire les risques de collision avec les navires et les impacts anthropiques sur les cétacés. La réduction de la mortalité par collision est une priorité internationale, soutenue par des accords et des mesures concrètes comme l’établissement de zones maritimes protégées et le développement de systèmes d’alerte acoustique pour éviter les collisions en haute mer. Le WWF et d’autres organisations travaillent à la protection des cétacés globalement, en soutenant des sanctuaires et des mesures de gestion plastiques et chimiques qui entrent dans la biosphère et pénètrent les chaînes alimentaires.
Sur le plan touristique, Boa Vista et Sal demeurent des destinations prisées pour l’observation des baleines et d’autres espèces marines. À Boa Vista, les eaux environnantes servent de lieu d’accouplement et de naissance pour certaines baleines, et Sal figure sur les routes migratoires des baleines vers les côtes ouest et sud. Les voyages d’observation mêlent balades en mer et découvertes naturalistes, avec des croisières qui permettent d’observer les baleines à bosse dans des environnements généralement calmes et propices à l’observation rapprochée. Les opérateurs touristiques proposent des sorties guidées, avec des informations biologiques et des brèves introductions afin de sensibiliser les visiteurs à la conservation, tout en offrant des services comme des photographies professionnelles à la fin de la croisière.
En conclusion, les échouages massifs de dauphins au Cap-Vert interpellent sur les mécanismes naturels et les facteurs anthropiques qui affectent les cétacés. Ils rappellent aussi l’importance des aires marines protégées, de la recherche scientifique et du tourisme durable pour préserver ces populations et leurs habitats. Le Cap-Vert, île parcelle d’un vaste océan, demeure un laboratoire vivant pour comprendre les migrations, les dynamiques de vie des cétacés et les pressions multiples qui pèsent sur les écosystèmes marins.
