Roman piste noire et thriller géopolitique autour de Rebecka Martinsson

Au nord de la Suède, au bord d’un lac gelé, un pêcheur découvre dans une cabane abandonnée le cadavre torturé d’une femme. La belle Inna Wattrang était la porte-parole de Mauri Kallis, un célèbre industriel à la tête d’une multinationale minière dont l’ascension fascine le pays. Les indices sont minces et les deux inspecteurs de la PJ de Kiruna font appel à l’ex-avocate Rebecka Martinsson, devenue procureur auxiliaire, pour tenter d’élucider les relations troubles qui semblent unir Kallis à son employée.

Nous prenons d’abord des nouvelles, à l’automne 2003, de Rebecka Martinsson, qui se remet difficilement d’un grave traumatisme suivi d’une dépression, suite à l’enquête précédente, et qui accepte un poste de procureur adjoint. L’action, elle, débute en mars 2005 avec la découverte par Leif Pudas, dans une cabane de pêche sur glace, du cadavre d’une femme, brûlée à la cheville et la langue déchiquetée. Elle est identifiée comme étant Inna Wattrang, juriste au service de la société Kallis Mining, propriété de Mauri Kallis, homme parti de rien et maintenant requin de la finance internationale. Inna a en fait été électrocutée avant d’être poignardée.

À partir de ce moment, le roman se consacre à l’histoire personnelle des divers protagonistes, celle de Rebecka elle-même dans ses rapports avec Måns Wenngren, son ancien patron, mais aussi celle d’Ester, la demi-sœur de Mauri (métis indienne élevée en Laponie) dotée de pouvoirs particuliers de voyance et de talents pour la peinture, etc. La formule, héritée de Maj Sjöwall-Per Wahlöö, tourne maintenant au procédé, car elle nécessite un certain doigté, et c’est une autre preuve de la « banalisation » du roman policier.

Comme il faut bien que l’auteur s’intéresse un peu à l’enquête, quand même, il est question d’un imperméable taché de sang retrouvé dans l’eau et dont le propriétaire s’avère être un étranger du nom de John McNamara - mais comme il est mort depuis un an, c’est en fait un agent de sécurité nommé Morgan Douglas qui a usurpé son identité -, un plan de coup d’État en Ouganda (mondialisation oblige), des intrigues financières autour de Kallis Mining… On apprend qu’Inna possédait un portable privé en plus de celui de fonction, qu’elle collectionnait les amants, que Diddi (son frère) en pinçait pour elle, qu’elle a touché deux cent mille couronnes peu avant sa mort, qu’elle savait que Diddi avait détourné de l’argent de la société…

La recette est toujours la même : fractionner les chapitres et le récit, brouiller la chronologie, accumuler les points de vue, multiplier les considérations n’ayant rien à voir avec l’enquête… Mais si, dans Horreur boréale, on pouvait s’intéresser à la peinture des milieux piétistes de Laponie, il n’en est pas de même ici avec la finance internationale et la géopolitique. Quant aux dizaines de pages consacrées à la passion picturale d’Ester, elles seraient plus à leur place dans un autre roman. De même que celles consacrées à la nature de la Laponie. Tout ce temps et cette énergie auraient été mieux employés à travailler l’intrigue, car le dénouement n’est pas de ceux qui remporteront la palme de l’originalité (et Rebecka n’y est pour rien, trop occupée qu’elle est à une autre poursuite). Alors l’auteur en remet dans la violence et le sensationnel.

Thèmes et motifs principaux

  • Résilience et reconstruction personnelle de Rebecka Martinsson après un traumatisme
  • Conflits d’intérêts entre une multinationale minière et les acteurs locaux
  • Intrigue financière et géopolitique transnationale
  • Récits imbriqués et chronologie brouillée pour révéler les liens entre les protagonistes

Le roman combine une enquête policière classique à des considérations sociales et économiques contemporaines, tout en explorant les dynamiques de pouvoir qui traversent le milieu financier international et les régions éloignées comme la Laponie. Les personnages secondaires, notamment Ester et Diddi, ajoutent une dimension psychologique et picturale mais leur développement ne compense pas pleinement les lenteurs de l’intrigue principale.

Structure narrative et tonalité

La narration alterne entre les points de vue et les temporalités, ce qui peut enrichir la compréhension des enjeux mais peut aussi nuire à la fluidité de la narration. La violence et le sensationnel prennent parfois le pas sur l’accumulation méthodique des indices et des enjeux financiers, ce qui place l’œuvre dans une veine romanesque plus sombre que novatrice.

Malgré tout, l’expertise de Rebecka dans les affaires juridiques et son sens aigu des liens humains restent des fils conducteurs, offrant une perspective psychologique intéressante au sein d’un décor nordique et industriel saisissant. Le roman oppose ainsi les milieux financiers mondialisés à des réalités locales et humaines, tout en s’interrogeant sur la frontière entre justice et pouvoir.

Infographie réseau financier et liens criminels

En somme, ce roman est une pièce où la violence et le sensationnel coexistent avec des tentatives d’analyse des rouages de la finance internationale, même si certaines parties de l’intrigue semblent dilapider des éléments forts au profit de la tension narrative.

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