La morna est une musique typique du Cap-Vert. Apparue sur l’île de Boa Vista, elle se caractérise par des rythmes lents et langoureux. La morna est une musique mélodieuse et sentimentale qui exprime la mélancolie, le sentiment de nostalgie et d’espoir, et est devenue l’emblème international du Cap-Vert grâce à Csária Évora. Propulsée grâce à Eugenio de Paula Tavares dans les années 1920, elle permet d’exprimer à travers des chansons la mélancolie et la saudade.
La coladeira est un genre musical qui apparaît au Cap-Vert dans les années 1930. Malgré son influence brésilienne, la coladeira propose un rythme plus rapide que la morna. Elle se compose de musiciens jouant des instruments tels que la tamtam, clarinette, guitare, basse, violon, trompette, et elle est aussi accompagnée d’une voix mélodieuse. Entre 1960 et 1980, la coladeira évolue avec les influences de Kompa d’Haïti et du Zouk des Antilles. C’est également une danse qui accompagne les rythmes de la coladeira.
Le batuque est un chant, une danse et une musique aux origines africaines. Le batuka est un genre musical traditionnel au Cap-Vert présentant une composition en improvisation et acapella sur les percussions. Le groupe est composé d’une dizaine de femmes qui, assises en demi-cercle, chantent les éloges des familles qui marient leurs enfants. Les « batukadeiras » existent depuis 1930 et continuent jusqu’à ce jour de faire vivre cette tradition sur toutes les îles.
Le funaná est un autre genre emblématique, associant chant, danse et musique. Comme le batuque, le funaná est né sur l’île de Santiago et est aujourd’hui une véritable institution culturelle. Le rythme rapide est soutenu par la gaïta (accordéon diatonique) et le ferrinho (percussion métallique). Le funaná a intégré des influences telles que la mazurka polonaise, la valse et la samba, et ses refrains sont souvent coupés par un solo d’accordéon. En août, il ne faut pas passer à côté du festival Baía das Gatas sur l’île de São Vicente, où les rythmes de funaná enchantent les foules. Depuis les années 1990, le groupe Ferro Gaita est l’un des représentants actifs du funaná au Cap-Vert, avec d’autres figures comme Bulimundo et Catcha (Carlos Alberto Martins).
La cimboa est un instrument d’origine africaine constitué d’un manche relié à une calebasse ou à une noix de coco sur lequel une corde est tendue. Le ferrinho est une percussion comprenant une barre de métal frottée sur un autre objet métallique. Ces instruments illustrent le mélange des influences africaines et portugaises qui caractérise la musique capverdienne et expliquent notamment l’emploi du cavaquinho, petite guitare portugaise à 4 cordes dans la morna et l’omniprésence du ferrinho dans le funaná.
La tabanka est une forme mélodieuse de jazz née sur l’île de Santiago. Apparue dans les années 1890, elle allie jazz et rythmes monotones avec des instruments tels que la trompette et la batterie. Le genre s’inscrit dans un territoire musical où les traditions cohabitent avec des influences extérieures, montrant l’ouverture du Cap-Vert à l’innovation sans renier ses racines.
La colá est la version masculine du Batuka: un genre réunissant des hommes qui chantent au rythme des tambours, né au XVIIe siècle et souvent joué lors d’événements culturels. Elle réunit des hommes qui chantent pour animer les parades des quartiers lors des festivals, et s’inscrit dans un cadre religieux. Les femmes des batukadeiras forment le pendant féminin, perpétuant la tradition depuis les années 1930 et aujourd’hui visibles lors des performances lors des mariages.
Le Cap-Vert est un véritable creuset culturel. En effet, cette terre de métissage issue de la rencontre des civilisations africaines et européennes a donné naissance à une musique unique dans laquelle se mêlent rythmes africains et mélodies portugaises. La saudade, cette mélancolie profonde, et la morabeza, douceur de vivre, résument l’âme musicale de l’archipel. Les artistes contemporains comme Lura, Mayra Andrade, Elida Almeida et Lucibela portent cette tradition tout en la renouvelant.
Les artistes capverdiens et les groupes internationaux qui s’y investissent trouvent dans les festivals une vitrine essentielle. L’Atlantic Music Expo (AME) réunit à Mindelo et Praia des artistes capverdiens, portugais, sénégalais et brésiliens, promouvant les échanges lusophones et africains. Le festival Baía das Gatas, créé en 1984, est l’un des événements les plus importants du pays et attire chaque année des milliers de visiteurs en août, mêlant morna, coladeira, funaná et kizomba, ainsi que des animations telles que la course de chevaux et l’élection de miss Baía. Le carnaval de Mindelo, quant à lui, met en avant une explosion de couleurs et de rythmes, où les groupes traditionnels côtoient des influences brésiliennes et portugaises.
La musique capverdienne continue d’évoluer, soutenue par les nouvelles technologies et l’intégration d’instruments modernes tout en préservant les instruments traditionnels. Le Cap-Vert mise énormément sur le développement culturel et musical, et la musique demeure un atout majeur pour le tourisme, offrant une immersion authentique dans l’histoire et l’âme de l’archipel.
Ceuzany, Selma Uamusse et Ayom illustrent la fusion des cultures et l’actualité de la scène capverdienne. Ceuzany mêle morna et rap dans ses collaborations, Selma Uamusse apporte une vision gospel-soul à Mindelo, et Ayom unit des influences du Brésil, du Portugal, de l’Italie et de l’Afrique tout en restant profondément marquée par la morna et la coladeira. Le groupe Gren Semé montre aussi comment le maloya réunionnais peut dialoguer avec le capverdien, notamment sur des rythmes traditionnels adaptés. Ces échanges fomentent une scène musicale capverdienne vivante et résolument tournée vers l’avenir.
- La morna: poésie mélodieuse et nostalgie capverdienne.
- La coladeira: énergie et influence brésilienne avec une rhythmique rapide.
- Le batuque et le batuka: chœurs féminins et percussions traditionnelles.
- Le funaná: fête et virtuosité accordion-drière; appropriation des influences extérieures.
- Les instruments: cimboa et ferrinho; métissage des sonorités.
Les musiques entre mélancolie et fête, saudade et morabeza, définissent l’âme capverdienne: morna, coladeira, funaná, batuka et cimboa tissent une identité musicale vivante et ouverte, que les festivals et les artistes contemporains perpétuent avec énergie et créativité.
